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Bronislaw Malinowski nous a bien eus. Au début du XXe siècle, avec son copain John Layard, Mali a la bonne idée de s’immerger dans la culture qu’il étudie pour mieux en comprendre les rouages. «Se couper du monde occidental pour mieux se concentrer sur le terrain», «se défaire de sa propre culture», qu’il disait. Très drôle Mali, très drôle. As-tu réalisé à quel point ta méthode d’observation participante paralyse des centaines d’étudiants? On dirait bien que non …
Aujourd’hui, quand on étudie l’anthropologie, on se fait sans cesse rabattre les oreilles avec l’importance ca-pi-tale de «faire un terrain». Faire un terrain (et en revenir), c’est l’accomplissement de l’anthropologue, la cerise sur le sundae de la connaissance ethnographique. Étudier l’importance culturelle du maïs dans les Andes devient alors : s’enivrer de chicha avec une gang de Boliviens, in situ. Répertorier les racines orientales dans le roumain vernaculaire devient alors : se faire une blonde roumaine / chum roumain et squatter gentiment sa maison familiale pendant 2 ans. Comprendre la transformation architecturale de l’Empire romain au contact de la civilisation hellénistique devient alors : backpacker le pourtour de la Méditerranée en se faisant bronzer sur les ruines de nombreux temples. Bref, rien que du gros fun.
Dans tous les cas, il faut partir, se détacher, changer de quotidien. N’est-ce pas ce à quoi tous les aspirants anthropologues aspirent rêvent? N’est-ce pas, justement, l’observation participante qui nous appelle de toutes ses forces? Sacré Malinowski. Maintenant, tous les étudiants paumés, obligés de rester au pays pour telle ou telle raison t’en veulent d’avoir donné à «l’anthropologue de terrain» cette position ultime de supériorité, car tous veulent partir sans nécessairement pouvoir le faire. Avec l’expérience de terrain, vous pourrez affirmer haut et fort que vous, vous savez. Vous avez vu, vous avez touché, vous avez compris. Plus rien n’est à votre épreuve, vous avez fait vos preuves. Autrement dit, faire un terrain, c’est se «déparalyser».
Mais ne pensez pas qu’il suffit de partir et d’en revenir pour se péter les bretelles ; l’observation participante demande un bon compte en banque, un intérêt pour l’inconfort et une armure contre l’humiliation. Certains parmi nous ont réuni ces trois éléments cruciaux et ont fait le grand saut. D’un pôle à l’autre, ils sont partis faire leurs preuves sur le terrain.
Si vous avez envie de partir vous aussi, vous êtes invités à lire les articles qui suivent pour mieux comprendre ce qui se passe quand on se retrouve les deux pieds dedans …
